Ce blog est tenu par une fille un peu folle qui aime raconter sa vie. Mais il a aussi pour vocation de vous donner des informations sur la filière ES au lycée. Bonne visite !
Enfant, nous sommes beaucoup plus optimistes. C’est normal, l’innocence et la naïveté ne nous ont pas encore quittés, nous croyons que tout est possible. Cet optimisme a été le « moteur » de mon enfance, si je puis dire, car c’est lui qui m’a permis d’avancer. Il m’a rendue un peu prétentieuse, peut-être, mais ça n’était pas grave : ça n’a jamais eu d’incidences sur mon comportement avec les autres, je ne me suis jamais sentie supérieure. C’était plutôt une sorte de fierté que je gardais pour moi, et quand j’y repense, je suis contente de l’avoir ressentie. Car grâce à elle, j’ai été motivée par l’écriture, par la musique, par tout le reste. Je suis de ce genre de personnes qui a besoin de savoir qu’elle vaut quelque chose pour avancer. Si enfant je n’avais pas pensé que j’avais une belle plume, j’aurais certainement renoncé à écrire.
Mais on ne peut pas toujours penser comme un enfant. On finit par comprendre que la vie, ce n’est pas aussi simple. Je réalise que cette prétention qui me laissait croire que je serais publiée un jour n’est plus. A mesure que l’on grandit, on devient plus intelligent, et surtout plus réaliste. On doit établir des projets d’avenir réalisables. Celui qui aurait voulu devenir une star de cinéma doit admettre que cela ne restera qu’un rêve. Par chance, mis à part ce rêve d’être publiée qui a accompagné mon enfance, mais qui aujourd’hui est moins fort car j’écris avant tout pour moi-même, j’ai toujours essayé de trouver des projets « réalistes ». Pas forcément simples à atteindre, certes, mais qui seront à ma portée si je m’en donne les moyens. C’est le cas de l’hypokhâgne B/L, qui je trouve est un bel objectif. Je sais que la prépa sera difficile, d’autant plus que je n’ai jamais été une grande bosseuse, mais je me connais très bien et je sais, au fond, que c’est ce qu’il me faut.
Malheureusement, grandir, établir des projets plus réalistes mais tout de même motivants, ne fera jamais disparaitre les rêves qui sont enfouis en moi, mais qui ressurgissent néanmoins et qui me troublent.
Ces rêves m’accompagnèrent parfois sans que je n’en prisse conscience. Ils étaient simplement là, dans mon cœur, toujours discrets. Ce ne fut que des années après, pour certains, que j’en pris vraiment conscience. Mais il aurait mieux valu qu’ils restent inconnus à ma conscience, et se contentent d’être là, sans se manifester, en n’agissant que sur mon inconscient.
Ces cinq jours à Avignon ont été fantastiques, j’ai vu des pièces exceptionnelles, notamment « Être ou ne pas être », non pas de Shakespeare mais un monologue écrit et interprété par Lucas Franceschi, un comédien italien doué comme personne. Chaque année, je ressens ce même plaisir lorsque je renoue avec le théâtre, non pas avec ces pièces ennuyeuses au possible qu’on se retrouve parfois à voir de force, mais ces pièces qui vous font oublier qu’une ou deux heures sont passées depuis le début. Je suis notamment une fan inconditionnelle de la comedia dell’arte et de ces acteurs très talentueux, français comme italiens.
Malheureusement, si je suis heureuse de voir toutes ces pièces, quinze cette année, je suis incapable d’être complètement joyeuse et insouciante. Car voir du théâtre et admirer ces comédiens tellement doués m’ont fait réaliser que la pratique du théâtre me manquait. Pire encore, qu’en faire mon métier m’aurait comblée. Quand je parlais de rêves enfouis, je crois celui-là en est bien un, car avant cette année je n’avais jamais réfléchi à ce que j’aurais ressenti si j’avais pu devenir comédienne.
Pourtant, je réalisai qu’au fond, j’avais toujours été attirée par ce milieu artistique, ce métier de comédien, mais je n’avais jamais pris le temps d’y réfléchir. A quoi bon ? Je savais qu’un comédien ne gagnait pas bien sa vie, et qu’il était difficile de s’affirmer dans ce milieu. Même si je n’avais jamais eu pour vocation de devenir riche, je souhaitais un métier qui me permette de vivre convenablement, sans passer une vie à m’en inquiéter. Devenir comédienne était donc exclu, et je crois que dès le début, je l’admis inconsciemment.
Seulement chaque année, au festival d’Avignon, ce rêve ressurgit. Quelques instants, simplement pour me laisser le temps d’être nostalgique et de regretter mon enfance si optimiste, avant que cette sensation ne disparaisse bien vite. Mais cette année, c’était différent. Ce sentiment, cette envie, ce rêve m’apparurent avec plus de force, et je dus me forcer à y réfléchir, sinon j’allais être victime de coup de blues dont j’ignorerais l’origine et que j’aurais du mal à chasser.
A Avignon, je restais très peu à l’hôtel. Entre deux pièces, j’eus donc tout le loisir d’observer et d’analyser mes pensées. J’essayai quelques instants d’imaginer une situation différente, une situation où, motivée et déterminée, je décidais finalement de suivre mon cœur et non ma raison, et de tenter ma chance dans ce milieu. Et bien sûr, de nouveaux obstacles, tout aussi importants, sinon plus, que celui du salaire me barrèrent le chemin. Des obstacles de taille, puisqu’ils me concernaient directement.
En effet, c’était bien beau de rêver à un avenir différent, mais encore fallait-il avoir les moyens de le réaliser. Ce n’était pas vraiment mon cas :
Je ne sais pas danser. Je chante juste, mais ma voix n’est pas belle. Pour ce qui est de la pratique du théâtre, je n’ai jamais su si j’étais douée ou non. Pas spécialement, je suppose. Mon seul vrai atout, finalement, c’est la musique. Ca reste un bel atout, certes, mais ce n’est pas le plus important dans ce milieu.
Je dus donc admettre que ce rêve resterait un rêve, et qu’il valait mieux me concentrer sur des projets à ma portée, et plus adaptés à ce que j’étais. Mais après avoir vu quinze spectacles, admettre n’étais pas évident.
J’ai commencé à écrire cet article il y a quelques jours, dès mon retour d’Avignon, la tristesse était donc bien plus importante. Alors que je suis en train de terminer de l’écrire, je me rends compte qu’elle a un peu diminué : la tristesse s’est transformée en déception. Après tout, il faut savoir renoncer à certains de ses « rêves ». Je le mets entre guillemets, parce qu’au fond ce n’est pas un rêve au point que je veuille à tout prix l’atteindre. C’est plus une envie.
Peut-être que je reprendrai quand même le théâtre, pour mon plaisir, mais les cours m’ont toujours déçue : les professeurs ne cherchent pas vraiment à nous faire progresser, mais plutôt à nous divertir. C’est d’ailleurs sur une immense déception que j’ai arrêté le théâtre après trois ans. Peut-être le reprendrai-je un jour. Je ne sais pas. J’ai l’impression de ne pas avoir les mêmes attentes que les autres. Ce que je veux, c’est vraiment progresser, non pas simplement m’amuser sur scène.
Et, pour ce qui est du métier que je voudrais faire plus tard, je n’en ai aucune idée, et c’est peut-être cette incertitude-là qui me pousse à rêver, c’est la crainte de ne pas faire quelque chose qui me plairait simplement parce que je n’aurais pas su vers quel domaine m’orienter. Si les études me plaisent, aucun métier ne m’attire vraiment. Finalement, j’ai l’impression que ce qui me conviendrait, c’est un métier qui concilie l’intellectuel et ce côté artistique, le théâtre et la musique. Mais je n’en connais pas, aucun ne me vient.
Voilà, j’ai parlé de ces pensées qui m’accompagnent depuis une semaine, elles sont peut-être encore un peu obscures et emmêlées, mais j’avais besoin de les écrire pour être au clair avec moi-même. Car, quand les pensées se mélangent dans mon esprit, et que je n’arrive pas à les remettre en ordre ni à faire le point, je me sens perdue. Maintenant que je les ai mises au clair, je me sens mieux, et ce ne sont pas ces rêves qui ressurgissent parfois qui me détournent de cette envie de faire une hypokhâgne B/L. Ils sont présents, ils m’attristent parfois durant les heures ou je suis moins en forme que d’habitude, mais je vis avec eux et il m’arrive de les admirer, de les oublier, de les admirer de nouveau.