Ce blog est tenu par une fille un peu folle qui aime raconter sa vie. Mais il a aussi pour vocation de vous donner des informations sur la filière ES au lycée. Bonne visite !
Ca fait plusieurs jours que je me torture l'esprit : vais-je prendre l'écrit d'invention ? Même si le sujet m'inspire, est-ce trop risqué ? Certains profs disent "Ne le prenez pas à moins de bien écrire", mais que signifie bien écrire ? Comment suis-je censée évaluer mon niveau, savoir si mon style d'écriture séduira le correcteur ? Je ne peux pas, et c'est ça qui est le plus terrifiant. C'est peur que les professeurs notent plus sévère l'écrit d'invention par principe, comme si tous les élèves qui la choisissaient étaient des gros glandeurs qui ne savaient rien faire d'autre. A quoi bon proposer un exercice si c'est pour le déconseiller sans arrêts ? Voilà pourquoi je ne sais pas s'il est bon de prendre des risques. Si le sujet m'inspire vraiment, je le prendrai. S'il ne m'inspire pas, je me rabats sur le commentaire ou la dissertation. Reste à savoir ce que je ferai si le sujet m'inspire plus ou moins.
Bref, en attendant j'ai décidé de mettre l'écrit d'invention que j'avais fait pour mon bac blanc (j'ai eu 14, 10,5/16 pour l'invention). Il fallait écrire un discours où on expliquait pourquoi on avait choisi de remettre le prix à ce poème ("Paysage" de Baudelaire), en présentant le poème et en justifiant le choix.
Comme commentaire, le correcteur ne m'a pas dit grand-chose. J'ai trop cherché à me servir de l'invention comme prétexte pour montrer mes connaissances, et j'aurais du plus faire l'éloge du poème (bon même si j'ai donné trop de connaissances je ne suis pas d'accord sur le fait que je n'ai pas assez fait l'éloge). Néanmoins mon devoir reste "globalement satisfaisant".
Voilà donc mon écrit (presque une feuille double).
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Mesdames, Messieurs,
C’est avec émotion et joie que je vous vois tous réunis, nombreux, pour assister à la remise du prix du meilleur poème, que nous allons décerner pour sa quatrième édition. Après avoir lu et départagé tous ces poèmes, je peux affirmer ans aucune hésitation et au nom de tout le jury, que le travail réalisé par les auteurs sélectionnées était remarquable, époustouflant. Ces poètes sont sincères, sensationnels et si sensibles ! Les poèmes étaient charmants, chantants, ils nous ont fait pleurer de joie, trembler d’émotion, sourire même dans la tristesse.
Mais malheureusement, il ne peut y avoir qu’un seul gagnant. Comme vous vous en doutez certainement, le choix fut difficile, et c’est pendant des heures que nous avons cherché à départager ces auteurs de talent. Nous avons finalement, après de longues délibérations, arrêté notre choix sur un auteur extrêmement doué et prometteur. Il a ému le jury tout entier, et par sa plume nous a fait rêver, nous a enchantés. C’est donc avec plaisir que nous vous annonçons que cette année, le prix a été décerné à monsieur Charles Baudelaire, pour son poème « Paysage », qui fait partie de son merveilleux recueil Les Fleurs du mal.
Je vois déjà vos visages s’animer, certains qui sourient, d’autres qui sont surpris et s’indignent. Vous vous demandez tous pour quelles raisons nous avons choisi ce court poème. Peut-être auriez-vous imaginé un autre scénario, un autre auteur récompensé pour ses efforts. Vos interrogations sont légitimes, mais vous pouvez faire confiance au jury, car le texte est loin d’avoir été choisi au hasard.
Voyez-vous, ce que nous recherchons dans un poème, c’est avant tout un style maîtrisé, précis, et donc la versification choisie met en valeur tout le poème. L’auteur doit savoir s’adapter aux contraintes. Chaque époque apporte son lot de caractéristiques précises. N’est-ce pas au XVIème siècle, par exemple, que des auteurs de la Pléiade tels que Ronsard ou du Bellay ont emprunté à l’Italie la forme du sonnet ? Ils ont su s’adapter aux contraintes imposées par cette forme de poème. Baudelaire n’a pas décidé d’écrire un sonnet, mais il a tout de même choisi une de ses caractéristiques, l’alexandrin. Ce choix était judicieux puisque ce mètre pair est particulièrement mélodieux et représente avec justesse les émotions. Quelle musicalité Baudelaire donne à son poème ! Ô Baudelaire, toi qui nous a enchantés ! Toi qui nous rappelle Orphée et son chant si lyrique ! Verlaine n’a-t-il d’ailleurs pas dit « De la musique avant toute chose » dans son « Art Poétique » ? De la musique, ou, il y en a dans « Paysage », il n’est plus possible d’ne douter. Nous entendons comme des arpèges jouées par une lyre lorsque nous lisions le poème. Comme ce flot de notes nous enchante ! Comme elle nous berce, cette mélodie en harmonie avec la nature ! Ainsi, Baudelaire a su trouver les bons mots, il ne pouvait faire plus de douze syllabes, il fallait trouver le mot juste, et il l’a fait, c’est un maitre dans ce domaine. N’avez-vous pas remarqué, par exemple, ce vers « Car je serai plongé dans cette volupté » ? Baudelaire aurait pu utiliser de longues phrases pour décrire ses sentiments, mais il a réussi à le faire en un seul mot, « volupté ». Quel talent ! Et pourtant, ce n’est pas uniquement pour des mots ou des sonorités que nous lui avons accordé ce prix.
Selon nous, un poète doit non seulement savoir manier les mots, mais également être porteur de sens et d’idées. La poésie doit pouvoir être un moyen de partager sa douleur, sa peine ou simplement ses rêves, se faire didactique en nous faisant réfléchir, de la même manière que Ronsard. Ses vers « Cueillez, cueillez votre jeunesse / comme à cette fleur la vieillesse / fera ternir votre beauté » font passer un message à Cassandre et peuvent prendre une portée universelle et nous inviter au Carpe Diem. La poésie peut se confronter au monde et dénoncer, mais elle doit aussi savoir nous faire rêver, nous permettre de nous évader. Victor Hugo l’a d’ailleurs dit dans « La fonction du poète » par ces vers qui me paraissent pertinents « Il est l’homme des utopies / les pieds ici, les yeux ailleurs ». Et, selon l’ensemble du jury, c’est Baudelaire qui rassemble le mieux les conditions que je viens d’expliquer pour écrire une belle poésie. Il nous fait part de son souhait, celui de « composer chastement » ses « églogues » et de « coucher auprès du ciel, comme les astrologues » et nous décrit ce qu’il verrait, ce qu’il ressentirait dans cette situation. Son texte est lyrique, comme nous pouvons le voir par les nombreux éléments de la nature « les jardins », « les neiges », mais ce « je » lyrique a une portée universelle, et en lisant ou relisant ce poème je suis persuadé que vous aussi parviendrez à vous y identifier. N’avez-vous pas l’impression de visualiser la scène qu’il d’écrit ? Madame, monsieur, je ne peux ignorer mes sensations, l’atmosphère de quiétude que j’ai ressentie. Il m’a semblé voir défiler les saisons, « les printemps, les étés, les automnes », cette accumulation m’a fait ressentir la fuite du temps. Pourtant, malgré le temps qui passe, le poète est toujours présent, toujours là pour décrire ses sentiments. Je le vois comme vous devant son pupitre, plongé dans « cette volupté », nous parlant à nouveau du printemps.
A présent, êtes-vous toujours aussi surpris que le jury ait choisi « Paysage » ? Baudelaire a compris que la musicalité des vers, le rythme mélodieux, ne seraient pas aussi beaux et charmeurs si la poème n’avait pas été porteur de sens, qu’il n’avait pas traité de thèmes lyriques comme la fuit du temps. IL n’est pas étonnant que le nom de Baudelaire ne vous soit pas inconnu. Son talent est sans égal.
Mesdames, Messieurs, cette année le jury a révélé un grand talent, si vous ne l’aviez pas déjà repéré vous-mêmes. Nous ne regrettons pas notre choix et sommes heureux et enthousiastes de vous l’annoncer aujourd’hui. Vous le savez, c’est le Printemps, la saison de l’amour, de la nature, où tout semble vous sourire. Et, tandis que les oiseaux volent, que les fleurs s’ouvrent, tandis que le soleil lui et resplendit, que toutes les mers et les fleuves chantent à l’unisson, un poète va être reconnu et admiré. Un poète qui pour toujours marquera les esprits. Alors je vous prie d’applaudir une nouvelle fois ce cher Baudelaire qui met de la joie dans nos cœurs et qui, pendant les heures sombres que nous traverseront, nous fera à jamais sourire et rêver.